Extrait du journal télévisé de 20 heures sur TF1, le 21 août 1998
- C’est bientôt la fin de ce journal mais avant la météo, je reçois Jacques Soulisse, journaliste, écrivain engagé et éditeur alternatif. Monsieur Soulisse bonsoir ! Il se dit que vous usez de vos relations que l’on dit nombreuses dans les media pour vous faire inviter sur les plateaux télévisuels afin de présenter votre récent pamphlet, « Apocalypse, fin d’un mythe catholique ». Est-ce un brûlot contre le Vatican ou plus la quintessence de toutes vos attaques personnelles contre l’Institution catholique ?
- Concernant votre première question monsieur Pepper, je répondrais simplement que j’use des mêmes relations qu’un pseudo écrivain se faisant inviter sur les plateaux pour vendre ses livres au lieu d’en rester à son rôle de présentateur de JT. Quant à votre deuxième question laissez-moi vous dire que je ne cherche qu’à donner une autre explication.
- Peut-être, Monsieur Soulisse mais votre théorie sur l’Apocalypse apparaît comme fantaisiste par rapport au dogme établi. Dire qu’il faut la précipiter plutôt que l’empêcher c’est tout bonnement prôner tous les terrorismes, tous les déb…
- Je vous arrête tout de suite. Vous faites un amalgame entre guerre et Apocalypse comme la majorité des personnes qui ont des siècles durant écouté la propagande vaticane. Si l’on prend le mot Apocalypse dans son acceptation étymologique, on apprend que cela signifie la Révélation. La thèse de ceux qu’on appelle les millénaristes n’est pas plus démentielle que celle des instances catholiques disant que seuls ceux qui n’ont pas pêchés seront sauvés et verront la Jérusalem céleste. Quel Dieu de Miséricorde pourrait-il laisser mourir autant de pêcheurs ? Je vous pose la question.
- Malheureusement je ne suis que journaliste et pas un dieu, Monsieur Soulisse. Ces attaques vous ont tout de même valu l’inimitié de Mgr Paraña, un des cardinaux en vue de la Curie, d’être persona non grata au Palais de Saint-Pierre et de recevoir l’excommunication suite à une demande de l’évêque de Paris. Cela ne fait-il pas beaucoup pour un seul homme ?
- Mais, Monsieur Poivre, cela ne veut-il pas aussi dire que je suis celui qui dérange ? Que je m’approche trop près d’une vérité que les pontes du Vatican connaissent et dont ils ne veulent à aucun prix car ils y perdraient privilèges, renommée et surtout crédibilité. C’est parce que je crains pour ma vie que je me fais voir. Pour qu’on se souvienne de moi…
- Allons, allons, Monsieur Soulisse. C’est vous qui perdez votre crédibilité. Le Vatican ne fait pas assassiner les gens qui ont une vision différente de la leur.
- Il n’y a pas si longtemps pourtant, les papes et les cardinaux ne se gênaient pas pour le faire. Les bonnes habitudes ne se perdent pas facilement.
- Je vous laisserais seul responsable de vos propos et rappelle à nos téléspectateurs le titre de votre ouvrage, « Apocalypse, fin d’un mythe catholique ». C’est la fin de ce journal. Bonsoir.
Frère Lukas Ettori
Monastère des Pères Blancs
Erevan (Arménie)
A l’attention de S.E Paolo Di Romero
Commission de la Recherche et Etudes Bibliques
Votre Excellence
Je me dois de vous avertir d’une situation qui me navre mais je possède à présent la preuve que votre neveu ainsi que tous les membres de l’expédition Di Romero-Finch ont disparu corps et biens dans les pentes enneigées du mont Ararat.
Il semblerait au vu des communications échangées par radio que l’expédition avait découvert quelque chose de sensible. J’avais même ressenti l’exaltation de Monsieur votre neveu lors de notre dernière conversation. Il ne m’avait rien confié par crainte d’être écouté mais je reste persuadé que son émotion n’était pas feinte.
Les deux jours suivants sans communication ne m’ont pas inquiété car je pensais les membres de l’expédition trop occupés à fouiller. De plus les conditions atmosphériques n’étaient pas les meilleures pour une transmission. Mais ce soir j’ai compris qu’ils s’étaient sans doute trop approchés de la vérité, quand mon visiteur m’a apporté la preuve.
Un homme au fort type slave qui n’a pas jugé utile de me donner son nom et dont le regard ainsi que son sourire carnassier m’ont fait froid dans le dos, a simplement posé un petit paquet sur mon bureau. Visiblement il savait qui j’étais, connaissait mes fonctions officielles et officieuses, et il a attendu patiemment que j’ouvre son paquet. Je prie Votre Excellence de m’excuser pour ce qu’il va lire mais il me semblait nécessaire d’exprimer tous les faits dans leur crudité... Dans le paquet il y avait une main droite encore ensanglantée et à l’auriculaire, j’ai bien reconnu la bague de Cambridge que portait votre neveu… Puisse le Seigneur avoir pitié de son âme !
Je tenais à présenter à Votre Excellence mes respectueuses condoléances. Sans abuser de votre bonté, j’aimerais que vous acceptiez comme acquise ma démission de vos services et fassiez tout ce qu’il vous est possible pour me faire intégrer un monastère loin de ces terres maudites. Le récit que je viens de vous transmettre prouve sans que le doute soit permis, que la poursuite de mon activité dans cette opération en compromet les objectifs. Vous trouverez, je n’en doute pas une seconde, une ferveur aussi grande que la mienne pour mener à terme ma mission, face à notre adversaire qui vient de prouver sa détermination et sa cruauté.
Voici le visuel de la couverture du livre de base. Le brief principal restait assez simple : visualisation des trois religions, de la Menace et de la découverte dans un plan alliant modernité et esthétismes séculaires. Après plusieurs discussions au sein du studio, il a été décidé d'exprimer l'idée des trois religions monothéistes par un bâtiment regroupant les trois styles architecturaux : Chrétien, Islamique et Juif. La Menace, quand à elle, est traitée par les ronces au premier plan, enserrant les 3 symboles et s'approchant du bâtiment à l'instar d'une corruption sournoise.
Pour asseoir l'image dans une époque contemporaine, j'ai rajouté des constructions modernes en arrière plan, sur un ciel tourmenté. Mon idée étant que l'église/temple soit égaré dans une ruelle au pied d'une grande cité, renforçant le principe d'événements latents, invisible aux yeux du monde.
L'élément central -le personnage et la porte- proposant plusieurs interprétations centrales du jeu, m'oblige à garder le silence sur ce sujet (et surtout l'émissaire de la Très Sainte Inquisition se trouvant juste derrière moi). A vous de soulever la couverture et d'y découvrir ses mystères.
